Bernard Sublet


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  • Chanson dans le sang – Jacques Prévert

    Il y a de grandes flaques de sang sur le monde
    où s’en va-t-il tout ce sang répandu
    Est-ce la terre qui le boit et qui se saoule
    drôle de saoulographie alors
    si sage… si monotone…
    Non la terre ne se saoule pas
    la terre ne tourne pas de travers
    elle pousse régulièrement sa petite voiture ses quatre saisons
    la pluie… la neige…
    le grêle… le beau temps…
    jamais elle n’est ivre
    c’est à peine si elle se permet de temps en temps
    un malheureux petit volcan
    Elle tourne la terre
    elle tourne avec ses arbres… ses jardins… ses maisons…
    elle tourne avec ses grandes flaques de sang
    et toutes les choses vivantes tournent avec elle et saignent…
    Elle elle s’en fout
    la terre
    elle tourne et toutes les choses vivantes se mettent à hurler
    elle s’en fout
    elle tourne
    elle n’arrête pas de tourner
    et le sang n’arrête pas de couler…
    Où s’en va-t-il tout ce sang répandu
    le sang des meurtres… le sang des guerres…
    le sang de la misère…
    et le sang des hommes torturés dans les prisons…
    le sang des enfants torturés tranquillement par leur papa et leur maman…
    et le sang des hommes qui saignent de la tête
    dans les cabanons…
    et le sang du couvreur
    quand le couvreur glisse et tombe du toit
    Et le sang qui arrive et qui coule à grands flots
    avec le nouveau-né… avec l’enfant nouveau…
    la mère qui crie… l’enfant pleure…
    le sang coule… la terre tourne
    la terre n’arrête pas de tourner
    le sang n’arrête pas de couler
    Où s’en va-t-il tout ce sang répandu
    le sang des matraqués… des humiliés…
    des suicidés… des fusillés… des condamnés…
    et le sang de ceux qui meurent comme ça… par accident.
    Dans la rue passe un vivant
    avec tout son sang dedans
    soudain le voilà mort
    et tout son sang est dehors
    et les autres vivants font disparaître le sang
    ils emportent le corps
    mais il est têtu le sang
    et là où était le mort
    beaucoup plus tard tout noir
    un peu de sang s’étale encore…
    sang coagulé
    rouille de la vie rouille des corps
    sang caillé comme le lait
    comme le lait quand il tourne
    quand il tourne comme la terre
    comme la terre qui tourne
    avec son lait… avec ses vaches…
    avec ses vivants… avec ses morts…
    la terre qui tourne avec ses arbres… ses vivants… ses maisons…
    la terre qui tourne avec les mariages…
    les enterrements…
    les coquillages…
    les régiments…
    la terre qui tourne et qui tourne et qui tourne
    avec ses grands ruisseaux de sang.

    Jacques Prévert

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Retraité voyageur, pour le plaisir des mots et des images

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