Bernard Sublet


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  • Pour retirer aux étrangers le masque de l’exil – Issa Makhlouf

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    Nous partons pour nous éloigner du lieu qui nous a vus naître et voir l’autre versant du matin.
    Nous partons à la recherche de nos naissances improbables.
    Pour compléter nos alphabets.
    Pour charger l’adieu de promesses.
    Pour aller aussi loin que l’horizon, déchirant nos destins, éparpillant leurs pages avant de tomber, quelquefois, sur notre propre histoire dans d’autres livres.
    Nous partons vers des destinées inconnues.
    Pour dire à ceux que nous avons croisés que nous reviendrons et que nous referons connaissance.
    Nous partons pour apprendre la langue des arbres qui, eux, ne partent guère. Pour lustrer le tintement des cloches dans les vallées saintes.
    À la recherche de dieux plus miséricordieux.
    Pour retirer aux étrangers le masque de l’exil.
    Pour confier aux passants que nous sommes, nous aussi, des passants, et que notre séjour est éphémère dans la mémoire et dans l’oubli.
    Loin des mères qui allument les cierges et réduisent la couche du temps à chaque fois qu’elles lèvent les mains vers le ciel.
    Nous partons pour ne pas voir vieillir nos parents et ne pas lire leurs jours sur leur visage.
    Nous partons dans la distraction de vies gaspillées d’avance.
    Nous partons pour annoncer à ceux que nous aimons que nous aimons toujours, que notre émerveillement est plus fort que la distance et que les exils sont aussi doux et frais que les patries.
    Nous partons pour que, de retour chez nous un jour, nous nous rendions compte que nous sommes des exilés de nature, partout où nous sommes.
    Nous partons pour abolir la nuance entre air et air, eau et eau, ciel et enfer.
    Riant du temps, nous contemplons désormais l’immensité.
    Devant nous, comme des enfants dissipés, les vagues sautillent pendant que la mer file entre deux bateaux.
    L’un en partance, l’autre en papier dans la main d’un petit.
    Nous partons comme les clowns qui s’en vont de village en village, emmenant les animaux qui donnent aux enfants leur première leçon d’ennui.
    Nous partons pour tromper la mort, la laissant nous poursuivre de lieu en lieu.
    Et nous continuerons ainsi jusqu’à nous perdre, jusqu’à ne plus nous retrouver nous-mêmes là où nous allons, afin que jamais personne ne nous retrouve.

    Poème d’Issa Makhlouf

    issa.makhlouf

    « Pour retirer aux étrangers le masque de l’exil. »

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Retraité voyageur, pour le plaisir des mots et des images

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